L’enrésinement désigne le processus de substitution de forêts de feuillus (chênes, hêtres, châtaigniers) par des peuplements de résineux (pins, épicéas, douglas), ou l’extension de ces derniers sur des terres agricoles délaissées. Historiquement, l’enrésinement a été encouragé pour sa rentabilité. Les résineux poussent vite, produisent un bois droit facile à transformer et répondent à une demande industrielle forte. Cependant, cette vision "sylvicole" se heurte désormais aux limites de l'écologie.
C'est un sujet complexe car il touche à l'équilibre délicat entre notre besoin de matériaux renouvelables et la préservation du vivant.
1. Comparaison historique : L'évolution de la forêt française
Il est important de noter que la surface forestière totale en France a doublé depuis le XIXe siècle. Mais sa composition a radicalement changée.
On observe aujourd'hui une "résinisation" par zones : certaines régions comme le Morvan ou le Plateau de Mille vaches ont vu leurs paysages basculer majoritairement vers le résineux en quelques décennies.
2. Comparaison de croissance : Chêne vs Douglas
Pour comprendre pourquoi l'enrésinement a été si massif en France, il faut regarder le "match" économique entre un feuillu (le Chêne) et un résineux (le Douglas). C'est une question de temps et de rendement financier.
2.1 croissance comparée au cours du temps
Le Douglas est souvent qualifié de "formule 1" de la forêt.
Note: si le Douglas résiste mieux que l'épicéa pour l'instant, sa gestion en monoculture pose des problèmes de biodiversité et de sensibilité aux tempêtes.
2.2 usages
Bien que les feuillus restent majoritaires en surface, les résineux dominent largement la production de bois d'œuvre (environ 80% du bois utilisé en construction). Les coupes rases de feuillus sont faites à grande majorité pour produire du bois d’énergie.

Source : https://www.ign.fr/publications-de-l-ign/institut/domaines-intervention/foret/rapport-projections-foret-bois-ign-fcba.pdf
3. Les inconvénients majeurs de l'enrésinement
3.1. L'appauvrissement de la biodiversité Le principal reproche fait aux plantations de résineux, souvent gérées en monocultures, est la création de "déserts biologiques". Au-delà de la biodiversité visible (oiseaux, mammifères), l'enrésinement transforme l'invisible :
• Uniformité : Un seul type d'arbre signifie une seule source de nourriture et d'habitat. Contrairement aux forêts mixtes, les plantations d'une seule espèce offrent peu de niches écologiques pour la faune. Un seul type d'arbre signifie une seule source de nourriture et d'habitat.
• Acidification des sols : Les aiguilles de résineux se décomposent lentement. En se dégradant, elles libèrent des substances acides qui modifient la composition chimique de l'humus, rendant le sol moins accueillant pour de nombreuses espèces végétales et micro-organismes. Les éléments nutritifs (fer, aluminium) descendent en profondeur, créant une couche de sol stérile et parfois une croûte imperméable appelée "alios". Le sol s'appauvrit sur le long terme.
3.2. La vulnérabilité face aux risques climatiques
L’enrésinement massif crée des massifs forestiers fragiles face aux aléas de plus en plus fréquents :
• Le risque incendie : Les résineux contiennent des essences inflammables (résines, essences volatiles) qui favorisent la propagation rapide du feu, contrairement à certains feuillus qui agissent comme des pares-feux naturels.
• Les invasions biologiques : Les monocultures sont des "buffets à volonté" pour les parasites. On l'observe actuellement avec les crises de scolytes (petits insectes ravageurs) qui déciment des forêts entières d'épicéas affaiblies par la sécheresse.

3.3. L'impact sur le cycle de l'eau Les résineux ont un feuillage persistant, ce qui signifie qu'ils interceptent la pluie même en hiver. Une part importante des précipitations s'évapore avant même d'atteindre le sol. De plus, leur consommation d'eau peut être plus linéaire sur l'année, ce qui, dans certaines régions, peut peser sur la recharge des nappes phréatiques par rapport à une forêt de feuillus caducs.
3.4. La banalisation des paysages et effet albedo D'un point de vue social, l'enrésinement est souvent perçu comme une dégradation du patrimoine paysager. Les alignements géométriques de douglas ou de pins maritimes rompent avec l'aspect naturel et saisonnier des forêts de feuillus, générant un sentiment de "fermeture" du paysage pour les usagers de la forêt.
Les forêts de résineux sont plus sombres que les forêts de feuillus. Elles absorbent davantage de rayonnement solaire (albédo faible) au lieu de le réfléchir. À l'échelle locale, cela peut contribuer à augmenter la température de l'air par rapport à une forêt de feuillus plus claire.
Les monocultures de forêts créent un désert biologique, parce qu’il n’y a pas d’arbre mort, il n’y a pas d’arbre naissant. Il faut imaginer que ce sont des arbres qui ont tous le même âge, la même hauteur et que l’on va ensuite faucher au même moment.
L'enrésinement est souvent une décision économique (croissance rapide, bois d'œuvre standardisé), mais il sacrifie les "services écosystémiques" que la forêt rend gratuitement à la planète (filtration de l'eau, stockage stable du carbone, protection contre les parasites).
Aujourd'hui, la gestion forestière moderne ne doit pas exclure les résineux, essentiels à notre économie, mais privilégier les mélanges d'essences et de limiter les coupes rases pour favoriser une forêt plus résiliente et vivante.